TIME & ETERNITY

Publié le 06/08/2019

Patricia Kopatchinskaja
Camerata Bern

TIME & ETERNITY  

Nouvel album, sortie le 13 September 2019, Alpha Classics

Le nouvel enregistrement TIME & ETERNITY de la violoniste Patricia Kopatchinskaja propose une méditation intransigeante sur la condition humaine explorant 600 ans de musique.

Patricia Kopatchinskaja explique : « Cette musique est faite du sang et des larmes d’âmes torturées : étranglées dans un cri, voix bourdonnant dans le silence de la terreur, le bruit de la guerre dans une cadence improvisée… Il s’agit de nous, de notre passé et de notre avenir. Le programme s’articule autour du Concerto funèbre d’Hartmann. Le Polyptyque de Frank Martin, une pièce décrivant la passion divine et la misère endurée pour atteindre le salut éternel de l’humanité, lui est juxtaposé. Le Concerto funèbre peut lui aussi être compris comme une passion dans le sens le plus large du terme, comme une déclaration sur ce que les créatures, la création et le créateur ont souffert et souffrent encore. »
TIME & ETERNITY s’ouvre sur le Kol Nidre, prière juive inaugurant le Yom Kippour et lue ici par un représentant de la communauté juive. Elle est suivie par une pièce de John Zorn (né en 1953), contemplation musicale éponyme, réaffirmant le ton spirituel du programme.Le Concerto funèbre de Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) est la pièce centrale de l’enregistrement. Composé en 1939 pour exprimer l’indignation et le désespoir que provoquaient en Hartmann la terreur nazie en Allemagne et les guerres de conquêtes contre la Tchécoslovaquie et la Pologne, il fallut cependant attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que cette pièce soit donnée en Allemagne. Le concerto est encadré par deux prières lues par un prêtre catholique polonais et un prêtre russe orthodoxe, ainsi que par deux chants cités dans le concerto : le chant juif Eliyahu hanavi, exprimant l’espoir du salut, et le chant russe Immortal victims datant de la Révolution russe de 1905.
La pièce suivante, Polyptyque pour violon et deux petits orchestres à cordes de Frank Martin (1890-1974) a été commandée en 1973 par Yehudi Menuhin. L’œuvre est inspirée par six scènes de la Passion du Christ peintes vers 1308-1311, dans un style encore byzantin, par Duccio di Buoninsegna (1255-1319), au verso de sa Maestà et destinées au maître-autel de la cathédrale de Sienne. Un arrangement pour cordes du Kyrie de Guillaume de Machaut (env. 1300-1377) extrait de sa Messe de Nostre Dame (1360-1365) évoque la musique au temps de Buoninsegna. Des transcriptions pour orchestre à cordes de chorals de J.S. Bach sont intercalées entre les mouvements de Polyptyque comme « une invocation de la consolation éternelle » [Patricia Kopatchinskaja].
Le sinistre et puissant duo pour violon et percussion Crux du compositeur tchèque Luboš Fišer (1935-1999) représente la scène de la crucifixion, manquante à l’œuvre de Frank Martin, bien qu’ayant une position centrale dans la peinture de Buoninsegna. Fišer tira cette pièce de son Requiem, écrit en réaction aux répressions violentes des soviets lors du Printemps de Prague. Elle fut d’ailleurs créée dans cette ville par Gidon Kremer, en 1970, malgré la résistance politique toujours existante. Le disque se termine sur une transcription pour orchestre à cordes d’un choral de la Passion selon saint Jean, évoquant un appel plein d’espérance au salut éternel.

Ce disque est le premier enregistrement de Patricia Kopatchinskaja avec la Camerata Bern, dont elle est la directrice artistique depuis septembre 2018. Ce même programme a été joué pour la première fois lors d’un concert aux chandelles dans l’ancienne Eglise des Dominicains de Bern (Suisse) en septembre 2018.
 

Dans TIME & ETERNITY, Patricia Kopatchinskaja dirige l’ensemble tout en étant soliste. C’est son second projet conceptuel avec la Camerata Bern, le premier étant le concert-spectacle Krieg und Chips (Guerre et Chips) en février 2018, pour lequel elle était directrice invitée.

Date de sortie: 13 Septembre 2019