• Marco Beasley

Marco Beasley est né en 1957 d'un père anglais et d'une mère napolitaine. A la fin des années 1970 sa passion pour le chant le conduit à Bologne où il s'inscrit à l'université pour étudier les disciplines de la musique et du spectacle. Il approfondit sa connaissance de la littérature du XVI et du XVII siècles, notamment des deux pivots stylistiques de l'époque, le “recitar cantando” et la polyphonie sacrée et profane. L'héritage génétiques anglais enrichit ses possibilités vocales, déjà pleines de caractère et de passion, en lui apportant une incroyable capacité de contrôle, une sensibilité particulière envers les sons et un timbre extrêmement raffiné lui permettant d'utiliser une très large palette de couleurs dans chaque registre de sa voix. A cette époque il se passionne pour la très riche tradition musicale populaire du sud de l'Italie, qui donnera un style particulier à sa formation. Et a cette époque remonte aussi la rencontre, très importante, avec Cathy Berberian, inoubliable protagoniste de la culture contemporaine, dont il suivra les cours pour une période hélas trop courte. La mort prématurée de Cathy Berberian sera un catalyseur : Marco Beasley possède désormais un patrimoine d'expériences musicales éclectiques qui lui façonnent une personnalité artistique unique même si elle reste difficile à définir : il n'est pas facile de dire si dans ses performances prévaut la magie d'une voix incroyablement belle, sa saisissante exubérance ou l'extraordinaire contrôle de la scène. La rencontre avec Stefano Rocco et Guido Morini le pousse à fonder Accordone, le groupe qui sera l'axe de développement de son activité et le sillon où tout naturellement se développeront des nouveaux projets. Dans le 2009, Marco Beasley eu la Nomination pour le "meilleur artiste de l'année" par le VSCD Néerlandais.

Depuis 2001, il signe les textes des nouvelles réalisations d' Accordone.

 

“C'était une grise journée d'octobre, et je descendis du train. Je demandais aux passants des renseignements et ils m'indiquaient la direction à prendre, toujours très courtois, avec leur accent un peu étrange rythmant chaque phrase et rendant le dialogue aimablement chantant. J'arrivai enfin face à l'entrée, et je lus : Université de Bologne. Institut des Disciplines des Arts, de la Musique et du Spectacle.  Je restai un certain temps à regarder la plaque en laiton, me demandant ce que je devais faire. Fallait-il vraiment franchir le seuil, m'inscrire aux cours "à orientation musicale" et commencer cette nouvelle partie de ma vie ici, dans cette ville? Ici où soixante mille étudiants poursuivaient leurs rêves et leurs professeurs ? Par cette matinée maussade Naples était vraiment très loin. Le souvenir de ses couleurs, de ses sons, de la mer suscitait en moi une peine que je ne pensais pas pouvoir supporter. Je me demandais si ce n'était que la peur d'affronter une aventure dont je ne savais rien. Ma maison, ma maison était si loin.

J'ai rencontré Stefano, entendu le son du luth dans la paisible campagne autour de Bologne. Et j'ai rencontré aussi Guido, avec les premiers chants ensemble, et les cours d'été, ses silences remplis de sagesse, les quelques phrases toujours exactes, au bon moment, son jeu si chaud et conscient, sa présence constante pour suggérer les émotions. On traînait tard le soir dans les bistrots avec Mario, Paola, Giovanna, Luciano. Ensuite Gianmario, David et son choeur, Massimo et la musique de Satie, les amours…

Et maintenant, Gênes.

Les terrasses fleuries, le son des cloches à midi, les sirènes des bateaux rentrant majestueux dans le port, poursuivis par les mouettes recherchant la nourriture. D'autres odeurs, d'autres saveurs, d'autres émotions.

Ma maison, toujours si chère, m'est proche. Je reviens de temps en temps à Naples et je m'aperçois que je ne l'ai jamais quittée, qu'elle est toujours une partie de moi-même. Les feux de bois s'allument encore sur la plage, les voix chantent dans mon patois, tout est nouveau mais immuable, vital, jamais figé, toujours aves la même passion, face à la même mer.

Mais la douleur n'est plus là."