Si la musique de Franz Liszt était qualifiée de « Zukunftsmusik » par ses amis, c’est parce qu’elle fut résolument novatrice. Le compositeur n’a pas seulement proposé un renouveau des genres et des formes, mais a initié un véritable courant de pensée vers une nouvelle poétique : Liszt est le créateur du genre du poème symphonique et de la musique à programme. À l’inverse, les partisans de Johannes Brahms tournaient le mot « Zukunftsmusik » en « Unmusik », la musique de Liszt allant pour eux à l’encontre de l’essence même de la Musique pure qui se suffit intrinsèquement à elle-même. Après le succès de l’album Lost in Venice with Prometheus, Jan Michiels nous invite ici à revivre de l’intérieur cette « guerre des romantiques » entre les progressistes et les conservateurs, à travers une lecture fine et intelligente d’oeuvres de Liszt (Gretchen, S. 513, et la Sonate en si mineur, S. 178), de Brahms (Variationen über ein Thema von R. Schumann, op. 9), et de Schumann (Fünf Gesänge der Frühe, op. 133). Mais le pianiste vous offre aussi une réconciliation : la Kammersymphonie no.1, op. 9, de Schönberg dans sa transcription pour piano seul, combine le travail « traditionnel » sur le motif avec une forme basée sur les trouvailles de Liszt. Amis mélomanes, bienvenue sur le champ de bataille !