La Cinquième Symphonie de Shostakovich est sans aucun doute l'une des plus grandes symphonies jamais écrites, et c'est d'ailleurs l'une de mes préférées. Ce véritable chef-d’œuvre est le reflet du monde qui se déploie autour de Shostakovich : à travers la musique, il décrit la réalité de la vie à Leningrad en 1937, de son propre point de vue. Pour lui, ce fut « la pire des périodes ». Après la première de Lady Macbeth du district de Mtsensk et la dénonciation officielle de l'opéra suite à la réaction emportée de Staline, le compositeur fut surveillé de près par le Régime. (...) Cette menace n'a toutefois pas étouffé son besoin de composer. Il est parvenu à surmonter la pression et à créer une nouvelle musique qui plairait aux autorités et qui tiendrait le danger de la critique publique à distance raisonnable.
Sa Quatrième Symphonie a été dénoncée pour ses dissonances, son atmosphère sombre, et sa fin qui se noie dans le silence. Pour sa Cinquième Symphonie, le compositeur a volontairement simplifié son langage musical afin de créer une œuvre que le Régime tiendrait pour « abordable » : une œuvre perçue comme emplie d'un esprit positif, avec une conclusion résolument triomphante.
On pourrait croire que de si douteuses circonstances risqueraient d'avoir détruit le jeune et talentueux compositeur, et de l'avoir transformé en propagandiste soviétique. En effet, les œuvres se montrent à première vue pleines de bravoure orchestrale, d'optimisme, de « joie ». Mais au contraire, je suis convaincu que la symphonie est en réalité extrêmement tragique...