Faisons donc confiance à nos oreilles. La musique se déploie à partir de petits gestes. Dans le mouvement d’ouverture, le piano joue le rôle principal et se joint à divers partenaires successifs. L’oreille suit avec plaisir ces différentes étapes – puis, un petit élément, un léger portamento de clarinette (baiser de la petite vieille ?) suffit à nous prévenir d’une fin imminente. La musique suit son cours, délicate, déterminée : elle dessine une ligne continue qui, dans le second mouvement, avance parallèlement à une ligne de basse ambulante. L’apogée dramatique se poursuit avec le troisième mouvement, évoquant un monstre et de grands pavots jaunes. De puissants et lourds accords de piano, au-dessus desquels flottent des notes aiguës : il y a quelque chose d’inquiétant dans cette histoire. Le mouvement s’achève par un fortissimo quasi menaçant. Devons-nous avoir peur ? Ou n’est-ce là qu’un des troublants artifices du magicien d’Oz ? – Thomas Meyer