Michael Jarrell se revendique artisan. Conscient de ce que la maîtrise de son art s’acquiert dans la durée, il a souvent éprouvé le besoin de revenir sur le même objet, envisagé sous un angle différent, lorsqu’il estimait disposer d’outils plus efficaces et pouvoir exprimer avec davantage de précision ses idées musicales. S’il se dit fasciné par les artistes qui travaillent sans cesse la même idée, il ne recherche pourtant pas pour lui-même une telle réduction mais évolue plutôt d’une oeuvre à l’autre par réactions. En témoigne ce nouvel album où s’entrecroisent les oeuvres et les interprètes, fidèles parmi les fidèles du compositeur.

Les arborescences et déchirements, la profondeur des multiples niveaux de lectures que nous font bien percevoir les pièces au programme de ce disque, nous font prendre conscience de la multiplicité des niveaux de signification de sa musique. La formation de plasticien de Michael Jarrell a probablement rendu plus aiguë encore sa sensibilité aux formes. L’impact qu’a pu avoir sur lui la pensée de Paul Klee concernant notamment les relations entre formes et mouvements n’est sans doute pas étrangère à sa façon d’animer les matériaux avec lesquels il compose.