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L'APPROCHE NOUVELLE D'UN CHEF-D'OEUVRE SUBLIME

Présenter le Quintette à deux violoncelles de  Schubert, datant des derniers mois de la vie du  compositeur, serait superflu. Tant de commentateurs  ont noirci des pages à propos de ce chefd’oeuvre  absolu, que toute tentative d’en ajouter  d’autres serait incongrue. A cet égard, on se  reportera avec bonheur au commentaire poétique  qu’a composé Paul Badura-Skoda, grand  schubertien devant l’Éternel, à l’intention du  présent enregistrement. C’est d’ailleurs, à ma  connaissance, la première fois qu’un instrumentiste  écrit un texte documenté et engagé  pour un enregistrement réalisé par d’autres  interprètes, jouant d’autres instruments: beau  geste de collégialité et de reconnaissance ! 

Au surplus, le Quintette – plus souvent enregistré  qu’exécuté au concert – est bien connu  des amateurs de musique et de belles interprétations  jalonnent l’histoire du disque. Si cruel  et injuste soit-il pour les musiciens qui entrent  aujourd’hui dans la carrière, le sentiment qu’un  nouvel enregistrement ne se justifie que s’il  apporte une approche inédite trouve ici son  fondement. 

Péter Ligeti, l’altiste du QUATUOR FESTETICS,  affirme volontiers qu’un quatuor à cordes ne  parvient à son apogée qu’après dix ans de travail  en commun : le Quatuor a été fondé en  1985. István Kertesz, le primarius, soutient que  l’emploi des instruments d’époque permet de  trouver du premier coup l’équilibre entre les  voix, ce que ne peut se permettre un quatuor  jouant sur instruments modernes, en raison  de l’évolution divergente du volume sonore  de chaque instrument depuis l’époque classique.  Pour en rester aux éléments matériels ou  organologiques, on notera que les membres du  QUATUOR FESTETICS résident tous à Budapest,  ce qui leur permet de travailler souvent ensemble  sans problèmes de déplacement, et qu’ils  ont bénéficié du même enseignement – la fameuse  école hongroise – ce qui leur assure une  parfaite homogénéité du son. Ajoutons que le  QUATUOR FESTETICS assume son appartenance  à l’Europe Centrale – Mitteleuropa – si présente  chez les grands maîtres du classicisme, par  l’emploi des thèmes, des rythmes et des sonorités  populaires. 

Mais toutes ces options – y compris la manière  de scruter les sources et les pratiques d’époque  – n’ont de réel intérêt que si elles servent de  substrat vivifiant pour exprimer le message des  chefs-d’oeuvre, pour aller toujours plus au coeur  de la pensée des compositeurs. Il faut avoir  assisté à un concert du QUATUOR FESTETICS pour  comprendre à quel point faire de la musique est  pour ses membres un acte existentiel, à la frange  du sacerdoce. La densité de la ferveur s’oppose  au refus de tout artifice, le déroulement du  temps crée une tension qui subjugue des auditoires  médusés. Et chaque jour des discophiles  inconnus nous écrivent leur profonde émotion à  l’écoute de tel enregistrement du QUATUOR  FESTETICS : cela représente les neuf dixièmes de  notre courrier. Pour plusieurs raisons, je tiens  le QUATUOR FESTETICS pour l’un des plus prophétiques  et des plus originaux de notre temps. 

L’alliance avec l’illustre WIELAND KUIJKEN, si  introspectif et si inspiré, tient du miracle. La  façon dont le violoncelliste belge suspend le  temps face à l’éternité crée une réponse dénuée  de tout superflu, de toute anecdote. On atteint  ici, selon les termes de Claude Debussy, «la  chair nue de l’émotion». 

Une vision inoubliable !

MICHEL BERNSTEIN