• Estevan Daça

    E L PARNASSO M. D. LXXVI

    El Cortesano, José Hernandez Pastor, Ariel Abramovich

    E L PARNASSO M. D. LXXVI 1 cd A 316
    Arcana

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LE PARNASSE

EL CORTESANO est le titre d’un livre publié  à Valence en 1561 par les soins de Luys Milán.  Mais celui-ci s’inspirait fortement d’un ouvrage  de Castiglione qui définissait le modèle  italien du «courtisan» raffiné et fin musicien,  tel qu’il va s’imposer graduellement à toute  l’Europe. Esthétiquement, ce titre est essentiellement  lié à la musique de vihuela – en soliste  ou accompagnant la voix. C’est un instrument  ibérique assez mystérieux qui, en Espagne et  au Portugal, s’est, au début du XVIe siècle,  substitué au luth dont il diffère par sa forme  plate et son ceintrage. 

EL CORTESANO est aujourd’hui le concept  forgé par les interprètes du présent CD pour  tenter de révéler le répertoire riche et varié de  la péninsule ibérique à la Renaissance. Nullement  lié à une formation fixe, EL CORTESANO  a mission de devenir un ensemble à  géométrie variable, les domaines de recherche  ayant priorité sur l’effectif, l’esprit prévalant  sur la forme. Cette approche s’inscrit évidemment  dans le concert des meilleurs parmi les  musiciens espagnols qui, depuis trois décennies  ont opéré avec succès une réestimation de la  musique composée dans la péninsule. 

Il est en effet curieux que les musicologues qui  ont, dès le début du XXe siècle, consacré leurs  travaux à la musique des XV et XVIe, aient fortement  sous-estimé l’apport de la péninsule,  le reléguant à un rôle marginal, pour ne pas  dire exotique, voire simpliste. Tout à leur ardeur  de prouver la suprématie des Francoflamands,  et l’influence de ceux-ci sur l’art de  France, d’Italie ou d’Angleterre, ils ont oublié,  peut-être un peu volontairement, que l’Espagne  est l’un des riches foyers d’art et de culture de  l’époque. Politiquement, c’est le maître des Pays-  Bas, ce qui explique sans doute que, si la musique  espagnole est parfois marquée par l’apport  flamand, elle est restée d’une richesse, d’une  variété et d’une originalité uniques. Elle rayonne  jusqu’au Nouveau Monde dont elle reprend  des rythmes et des formes pour les intégrer  plus tard au courant européen qui les transformera  à son tour (exemples: la sarabande, la passacaille  et la chaconne, à l’origine danses rapides  et lascives qui connaîtront une mutation  profonde en devenant au XVIIe siècle des danses  françaises graves et majestueuses qui perdureront  dans l’oeuvre de Bach). 

La musique de vihuela, avec ou sans voix,  se situe dans le temps compris entre 1536 – El  Maestro de Luys Milán – et 1576 – El Parnasso  d’Estevan Daça. Quarante ans pour que cinq  auteurs lèguent à l’histoire des pièces d’un  grand raffinement, lié à une poésie très élaborée,  le plus souvent mélancolique. C’est un art  de cour, dans l’esprit de Castiglione, mais avec  une spécificité que l’on ne trouve nulle part  ailleurs. Art hautain parfois mais auprès duquel  les autres musiques du temps peuvent  sembler légères ou superficielles. 

JOSÉ HERNÁNDEZ PASTOR signe ici son premier  disque, le premier du moins qui lui soit  entièrement dédié puisqu’il a enregistré avec  divers ensembles, notamment ceux de Jordi  Savall. Encore très jeune, cet élève d’Andreas  Scholl témoigne d’une étonnante maturité dans  la façon dont il entend conduire sa carrière :  pas de «star system» mais une approche basée  sur la recherche, la recréation, l’expression poétique  et les liens entre texte et musique. Avec  ARIEL ABRAMOVICH, luthiste argentin fin  et subtil qui partage ses idéaux, il forme une  équipe sans compromis dont on peut attendre  beaucoup: nouvelle génération de purs et nobles  artistes.

MICHEL BERNSTEIN