Avec celui d'Orphée, le mythe de Didon a sans doute été l'un des plus prolifiques dans le domaine de l'épopée, du théâtre et, à partir du XVIIe siècle, du théâtre musical. Teodor Currentzis, jeune étoile montante de la scène internationale (nous retiendrons son succès en 2008 à l'opéra Bastille), s'est emparé de ce monument de la musique pour nous offrir une version où, pour une fois, le théâtre prime.
Fruit d'une triple influence: anglaise, française et italienne, Dido and Aeneas rappelle aussi bien le masque de John Blow que les petites œuvres scéniques d'un Charpentier que le royal commanditaire avait vu lors de son exil en France. La pluralité des registres est tout autant l'héritage du théâtre shakespearien que du drame musical vénitien, tandis que certaines formes autonomes, comme le lamento final aiguillonné par le typique tétracorde descendant, provient de l'opéra vénitien, de Cavalli en particulier, dont Purcell a pu voir à Londres son Erismena probablement représenté en 1674 : énième exemple de mélange croisé des cultures et des esthétiques littéraires et musicales qui fait de Dido and Aeneas moins une œuvre universelle qu'un véritable opéra européen.

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