La prise de Constantinople en 1453 marque la fin du moyen-âge et le début de la renaissance. A sa prise par les Ottomans, des lettrés fuient la ville et viennent s’installer en Europe en apportant leur savoir et leur bibliothèque. C’est dans ce contexte historique que se construit le projet qui réunit les musiciens de l’ensemble Kudsi Erguner et de Doulce Mémoire.

La prise de Constantinople ne fera pas cesser les échanges avec l’Occident chrétien. A l’époque byzantine, il existait déjà en face de Byzance une ville nommée Galata, gouvernée par des podestats Génois, qui abritait aussi des français, des grecs des juifs et des morisques. En laissant aux habitants de Galata leurs biens et leur liberté de commercer, le conquérant de Constantinople, Mehmet II, permettra à cette colonie de rester une tête de pont de l’Occident chrétien dans ses relations avec la Sublime Porte.

Le programme musical raconte une histoire, celle des relations entre les musiciens de la cour ottomane et les musiciens européens installés en face, sur la colline de Galata. Le programme s’ouvre côté chrétien sur le motet de déploration composé par Guillaume Dufay en 1453, Lamentatio sanctae matris ecclesiae Constantinopolitanae, témoignage éclatant du retentissement de cette chute dans tout l’Occident. Côté ottoman, les musiciens de la cour répondent par un répertoire inouï, synthèse de toutes les influences présentes à la Sublime Porte. Après le temps de la guerre et de la conquête vient le temps des échanges : sur place, les relations entre communautés chrétienne et musulmane ne sont pas mauvaises, les affaires continuent. A Galata dans le quartier latin, les joueurs de Pifari (hautbois renaissance) italiens s’emparent du répertoire de la musique des janissaires écrite pour les Zurna (hautbois ottomans). Les flûtistes écoutent, s’inspirent et dialoguent avec les préludes (taksim) joués au ney ; les joueurs de luths répondent aux joueurs de oud.

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