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L'OPUS DEBOUTONNE

Les deux recueils de trois Quatuors connus comme  opus 54 et 55 forment en réalité un seul groupe de  six Quatuors, selon la formule pratiquée par Haydn  depuis l’opus 9, dans tous les cas sauf deux : l’opus  42 resté unique et l’opus 77 interrompu par la perte  des facultés du compositeur. Mais en 1788, au moment  de la gestation du présent groupe, Haydn est  au sommet de son art et il composera encore un  grand nombre de Quatuors qui comptent presque  tous parmi les plus aboutis. 

La rencontre avec Mozart a certainement constitué  un choc pour Haydn. Toujours est-il qu’il ne  composera plus de Concertos pour piano – s’il en  a jamais écrit de comparables à ceux de son cadet  – ni d’opéra. Il restera de même à l’écart du Quintette  à cordes. Le Quatuor, par contre, est le domaine  où il se montre constamment le plus original  et auquel il s’adonnera toute sa vie. Impressionné  par les six fameux Quatuors que lui dédie Mozart,  il répond par l’opus 50 qui semble exempt de toute  influence mozartienne, puis par le présent groupe et  par l’opus 64 à venir, trois recueils diversifiés qui  affirment la suprématie de Haydn dans le genre. 

Pour les pièces qui lui semblaient la partie la plus  originale de son oeuvre, Haydn travaillait assez  lentement. Cela explique la décennie séparant l’opus  33 de l’opus 20, puis les six ans qui s’écoulent à  nouveau avant que ne paraisse l’opus 50. Au contraire,  l’opus 54/55 naît six mois après. Et tout indique  que, pour une fois, Haydn a travaillé dans la  hâte et le stress. Si l’opus 50 montrait un contrôle  souverain de la forme, le présent opus manifeste  une volonté d’expérimentation et d’exploration que  l’on s’attend davantage à trouver dans ces oeuvres  pour lesquelles Beethoven forgera plus tard le terme  de déboutonné, celles où le créateur donne libre  cours à sa fantaisie sans contrainte apparente. Le  second quatuor, par exemple, n’a pas de véritable  mouvement lent mais une fantasie rhapsodique de  style tzigane et son finale est un adagio, à peine  coupé vers la fin d’une courte section presto avant  le retour de l’adagio

Avec le présent enregistrement, le projet de la COLLECTION  COMPLETTE est réalisé aux deux tiers, 39  des 58 Quatuors prévus étant désormais disponibles.  Chaque nouvel album du QUATUOR FESTETICS  confirme la suprématie de cet ensemble qui souligne  la spécificité de chaque oeuvre. Maîtrise technique,  beauté des sonorités, pudeur de l’expression,  intensité du discours et étude des sources font de  cette vision un point de non-retour à partir duquel  les idées ne seront plus jamais ce qu’elles étaient  auparavant. Il s’agit d’une relecture qui ouvre des  horizons neuf donnant aux exécutions conventionnelles  un caractère sommaire un peu simpliste désormais  obsolète.

MICHEL BERNSTEIN