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NAISSANCE DU GENRE LE PLUS SUBLIME DANS L'HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Le présent coffret témoigne d’un acte de naissance. Celui  du Quatuor à cordes. Depuis cet opus 9 en effet le Quatuor  est le lieu où les créateurs composent le langage le  plus sérieux, le plus élaboré, le plus intense, le plus quintessencié,  le plus sublime. Cela vaut évidemment pour  Haydn, Mozart puis Beethoven. Cela reste tout aussi  valable pour les romantiques et les musiciens du XXe  siècle : Debussy, Ravel, Bartók, Schönberg, Webern,  Dutilleux, jusqu’à Ferneyhough. Sans doute écrivait-on  des Quatuors ailleurs que dans les châteaux dont les princes  employaient Haydn. Sans doute le musicien lui-même  avait-il composé auparavant une dizaine de quatuors  intéressants en cinq mouvements. Mais ceux-ci tenaient  encore de la sérénade et du divertissement. Ils ne possédaient  ni la structure organique, ni la densité d’expression  qui marquent d’emblée le nouveau recueil. 

La raison pour laquelle Haydn, isolé en des demeures  à l’écart des grands courants culturels, a créé un genre  destiné à se perpétrer plus de deux siècles reste encore  un mystère. Toujours est-il que, trente ans plus tard, Haydn  aurait demandé à l’éditeur Artaria de commencer la  Collection Complette des Quatuors avec cet opus 9. A partir  de lui Haydn ne composera plus que des Quatuors  en quatre mouvements (le dernier en deux mouvements  est inachevé par force). Il ne s’agit plus de musique destinée  à distraire une assemblée mondaine et bavarde :  il faut désormais taire les conversations pour l’entendre  tandis que les musiciens sont à l’écoute les uns des autres  pour développer soli, unissons et transitions de la plus  grande subtilité dynamique. Seuls les In Nomine et Fantasies  pour les violes en Angleterre à la fin du XVIe et  au XVIIe siècle s’inscrivent dans le même propos. Là aussi  une famille homogène à quatre registres complémentaires  déploie une pensée à la limite de l’abstraction et  de la métaphysique. Il est surprenant qu’on ne l’ait pas  remarqué.  

Les musicologues mettent avec raison l’accent sur le  sommet constitué par le troisième recueil de Quatuors  de Haydn, l’opus 20. Cet éclairage nuit quelque peu aux  opus 9 et 17 qui regorgent de beautés et sans lesquels  l’opus 20 ne saurait se concevoir. Si le poids des premiers  Quatuors tend à se concentrer sur les premiers  mouvements (au détriment des finales), on s’étonne à  chaque instant de voir naître une forme porteuse d’un  contenu émotionnel, dramatique et théatral sans précédent. 

Avec ce coffret, premier dans l’ordre chronologique  mais quatrième paru, l’Intégrale projetée par le QUATUOR  FESTETICS atteint presque à sa moitié (9 disques  sur 19). On ne redira pas qu’il s’agit de la version philologiquement  la plus avancée et la plus solide que l’on  puisse trouver. On ne reparlera pas des sonorités ni de  l’école hongroise de quatuor. Ces caractères essentiels  ne seraient cependant suffisants à eux-seuls s’il n’y avait  pour les vivifier une démarche musicale authentiquement  vêcue. Le QUATUOR FESTETICS tord délibérément  son cou à la légende du naïf papa Haydn telle que Mozart  l’a un peu rapidement propagée. Il suffit d’entendre par  exemple les premiers mouvements des Quatuors en ré  mineur ou en sol majeur pour mesurer l’intensité du ton  dramatique, à la limite du douloureux et paré d’une  indicible nostalgie, pour mesurer ce qu’introduit de  neuf cette vision grave : le QUATUOR FESTETICS est aux  antipodes des ensembles médiatisés que nous connaissons  aujourd’hui. Mais «Quatuor anti-mode» il constituera  longtemps un pôle référence même lorsque des  approches nouvelles se seront révélées. Les FESTETICS  ont le temps pour eux.

MICHEL BERNSTEIN