Après le succès de “L’ultimo romano”, album consacré au recueil de musique pour archiluth composé en 1718 par le musicien romain Giovanni Zamboni, Simone Vallerotonda nous propose quelque chose de résolument neuf avec son “power trio” baroque I Bassifondi: “Alfabeto falso”. Leur premier disque est dédié au répertoire italien et espagnol de la guitare et du théorbe de la première moitié du XVIIe siècle. Ces pages peu connues se caractérisent par des étrangetés rythmiques et des extravagances harmoniques qui n’ont rien à envier au jazz contemporain. Il faut savoir que les guitaristes de l’époque utilisaient un système mobilisant l’alphabet ordinaire pour noter les accords, chaque lettre se rapportant à un accord particulier. En revanche, dans le « faux alphabet » (alfabeto falso), les lettres barrées indiquaient des accords riches en dissonances souvent fort hardies. Le trio, composé d’une guitare/théorbe, d’instruments de percussion et d’un colachon, reproduit l’ensemble typique du XVIIe siècle. Rythmes irrésistibles, accords « sales », improvisation et variations forment les couleurs de leur univers sonore. Toute la beauté et le défi de ce disque résident à la fois dans le respect d’une interprétation fidèle à la partition, mais également dans le choix des arrangements et des timbres. Cette musique nous paraît peutêtre moderne voire quelque peu provocatrice, mais tout ceci fut bel et bien composé vers 1640 !