Dans un monde comme le nôtre, en proie à des forces centrifuges, même une œuvre monumentale comme les trente-deux sonates pour piano de Beethoven apparaît sous un jour nouveau. L’examen de la chronologie de leur composition révèle des parallèles fascinants : les sonates de l’opus 2 ont été publiées alors que la Révolution française se terminait – une vague de migration politique atteignit Vienne ainsi que le prince électeur Maximilien-François, frère de Marie-Antoinette et de l’empereur Joseph II, au service de qui se trouvait Beethoven à Bonn. Beethoven a donné une forme musicale au triomphe et à la chute d’un tyran qui provoqua des guerres dans toute l’Europe et occupa Vienne. Après la conférence internationale sur la paix de 1815, il écrivit avec beaucoup d’énergie des œuvres d’une grande modernité, contre l’État policier émergent et sa culture postmoderne du divertissement. Konstantin Lifschitz applique des normes exigeantes pour faire entendre la dynamique musicale novatrice de ces œuvres. Musicalement indépendant, Lifschitz complète le cycle avec l’Allegretto WoO 53 et a beaucoup à dire malgré les modes passées et présentes. Le fait qu’il ait enregistré ce grand cycle pendant six jours consécutifs fait de cet enregistrement un monument personnel.